Publié par Henry SALAMONE

Situé à 15 km au Nord-Est de Rouen, le château de Martainville fut la propriété de Jacques Le Pelletier en 1845 comme l'atteste la date gravée sur la clé d'une fenêtre de la tour sud-est de la bâtisse. Cette dernière représentant le premier aveu rendu par Le Pelletier au suzerain dont dépendait le fief de Martainville, l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Reportage : Henry SALAMONE 

En Normandie, plus d’une dizaine d’édifices du XVIe siècle, tels Auffay, Tilly et Bailleul, se sont plus ou moins inspirés de Martainville. © Photo : Henry SALAMONE

En Normandie, plus d’une dizaine d’édifices du XVIe siècle, tels Auffay, Tilly et Bailleul, se sont plus ou moins inspirés de Martainville. © Photo : Henry SALAMONE

Dressé au centre d'un enclos et bordé par un fossé, le logis rectangulaire, couvert d’un toit en pavillon, est souligné aux quatre coins de grosses tours aux toitures coniques. Quant au sommet des tours, il était muni de consoles, aujourd'hui disparues mais dont subsistent encore les pierres, sciées, qui évoquaient les mâchicoulis des châteaux forts. Construit en briques cuites sur place et en pierres blanches venues des carrières de Vernon, le visiteur peut apprécier la judicieuse inclusion décorative de briques vernissées noires disposées en cœur, en croix et en losanges.

Bel exemple de l’architecture de la première Renaissance, l'édifice a gardé sa disposition d’origine ainsi que ses bâtiments annexes à l'image du colombier, de la charretterie, du four à pain ou encore des puits à colombages.  © Photo : Henry SALAMONE

Bel exemple de l’architecture de la première Renaissance, l'édifice a gardé sa disposition d’origine ainsi que ses bâtiments annexes à l'image du colombier, de la charretterie, du four à pain ou encore des puits à colombages. © Photo : Henry SALAMONE

Le dernier des Martainville meurt en 1757 sans héritier et le château appartient ensuite à différentes familles. Malheureusement, l'ensemble des édifices subit des déprédations successives. En 1905, un marchand de bestiaux achète le logis et une partie des terres démembrées. Il coupe les alignements de chênes et se prépare à raser la demeure quand l'État la rachète in extremis. Le château est destiné à devenir après sa rénovation à partir de 1955 un lycée agricole. Il est confié au conseil général de la Seine-Inférieure qui y installe à partir de 1962 un musée.

Château de Martainville

La tour centrale annexe en façade arrière est une place traditionnelle en Normandie. © Photo : Henry SALAMONE

La tour centrale annexe en façade arrière est une place traditionnelle en Normandie. © Photo : Henry SALAMONE

Autre grande particularité du château, le plan absolument symétrique et le large couloir traversant placé au milieu du corps. Il précède un escalier situé dans une tour annexe en façade arrière. Les amateurs d'architecture peuvent apprécier à sa juste valeur l'astucieuse allée couplée à l’escalier du rez-de-chaussée et qui répond à chaque étage des couloirs traversants desservis par l’escalier.

Soulignons que les historiens ignorent l’origine du plan novateur de Martainville, mais l’introduction de ce système de circulation permet d’obtenir une partition claire du corps de logis : les salles et les offices sont regroupés au rez-de-chaussée et les chambres aux étages. De ce fait, toutes les pièces sont indépendantes les unes des autres, salles comprises. 

L'ouverture au public se fait en 1965, par Daniel Lavallée, défenseur du Vieux-Rouen, chargé de constituer les collections. © Photo : Henry SALAMONE

L'ouverture au public se fait en 1965, par Daniel Lavallée, défenseur du Vieux-Rouen, chargé de constituer les collections. © Photo : Henry SALAMONE

La demeure a cruellement souffert à la fois d'un long abandon et de l'occupation prussienne, quand l'État la rachète in extremis avant sa destruction par le dernier propriétaire en date, un marchand de bestiaux. Mais hélas, tout le mobilier original du château a déjà été dispersé. © Photo : Henry SALAMONE

La demeure a cruellement souffert à la fois d'un long abandon et de l'occupation prussienne, quand l'État la rachète in extremis avant sa destruction par le dernier propriétaire en date, un marchand de bestiaux. Mais hélas, tout le mobilier original du château a déjà été dispersé. © Photo : Henry SALAMONE

Dernière nouveauté que le public peut désormais apprécier :  le jardin de 3 025 m². Il se compose de différents carrés, eux-mêmes redivisés, soit par des allées perpendiculaires, soit par des allées diagonales. Ces carrés sont plantés dans leurs angles de buis cônes et ceinturés de fruitiers dont des pommiers et poiriers dans les variétés anciennes, formés en cordons. L’intérieur des carrés est planté de graminées et vivaces d’aspect sauvage. Pour la petite histoire, le parrain n'est autre que Didier Decoin, secrétaire général de l’académie Goncourt. Écrivain et scénariste, il a été récompensé du prix Goncourt en 1977.

Grâce à des traces iconographiques retrouvées et à l’ouvrage de référence sur les jardins Renaissance, signé de Jacques Androuet du Cerceau, les équipes du Département ont commencé à élaborer des plans pour donner des formes à ce jardin retrouvé. Il est fait de formes géométriques, de lignes droites, d’angles, de symétrie et d’un axe central marqué. © Photo : Henry SALAMONE

Grâce à des traces iconographiques retrouvées et à l’ouvrage de référence sur les jardins Renaissance, signé de Jacques Androuet du Cerceau, les équipes du Département ont commencé à élaborer des plans pour donner des formes à ce jardin retrouvé. Il est fait de formes géométriques, de lignes droites, d’angles, de symétrie et d’un axe central marqué. © Photo : Henry SALAMONE

Le choix des végétaux s’est porté vers des essences modernes car ce jardin se veut être une réinterprétation moderne de plans anciens. © Photo : Henry SALAMONE

Le choix des végétaux s’est porté vers des essences modernes car ce jardin se veut être une réinterprétation moderne de plans anciens. © Photo : Henry SALAMONE

Aujourd'hui, le château de Martainville abrite le Musée des Traditions et Arts Normands avec reconstitutions fidèles d’intérieurs de ferme, coiffes, costumes et bijoux régionaux, mobilier haut-normand, instruments de musique et objets domestiques. Le tout,  témoignant de la vie quotidienne en Haute-Normandie de la fin du Moyen âge au XIXe siècle.

 

Article annexe
Exposition "A la table des Normands" : redécouvrir les richesses du terroir


 

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