Publié par Catherine Gary

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Le titre, anodin en somme, présage peu de ce qui se joue sur scène. Martin Mc Donagh situe sa pièce dans la maison, oubliée des vivants, d’un far-west de bout du monde irlandais. Far-west que ce no man’s land, ce huis clos où l’enfer se joue à deux dans un rappel troublant de la transgression originelle : Caïn tuant Abel.

Car ici, l’enfer c’est le frère. Et nous voilà devenus spectateurs, presque voyeurs, de ce combat à mort qui n’en épargnera aucun. Mais en mode mineur cette fois, car le tragique devient dérision quand il est proféré dans un langage du quotidien et du commun. L’histoire ? Deux frères, Coleman et Valene, rentrent à la maison commune après l’enterrement du père.

C’est là qu’ils ont vécu une enfance monotone et vide, sans joies, sans femme ou enfants. Les conflits y furent larvés, cantonnés aux non-dits lourds de violence larvée. Et on ne sait pourquoi, l’un des frères hérite de tout tandis que l’autre n’a plus rien. Comment cohabiter encore lorsque l’on devient le débiteur de l’autre au quotidien ? Voilà l’argument qui fait que la violence éclate.

Bruno Solo et Dominique Piron
remarquables dans leur rôle

Elle pourrait se résoudre comme un orage, une tempête qui soulage et éclaircit le fond de leur relation. Mais il n’en est rien. Le puits de leur jalousie est sans fond et tous deux s’enivrent de cette descente dans les limbes d’une enfance vouée aux sentiments destructeurs.

La violence des ressentiments déroule la liste des souvenirs d’enfance marqués par le mal qu’ils ont voulu se faire pour réduire à néant leur vie commune de frères. Dans cet affrontement physique et verbal, les tentatives du prêtre, qui fait irruption, au lieu de calmer le jeu servent de tremplin à des échanges encore plus pervers et à de fausses confessions dans une jubilation diabolique d’autodestruction familiale.

Et ce ne sont pas les figurines religieuses collectionnées par Valene qui les protègeront contre cette fascination du mal qu’ils se font et de cet échange de haine qui débouche sur le néant. Bruno Solo, peu habitué à ce genre de rôles (au cinéma : La Vérité si je mens…) et Dominique Pinon (au cinéma : Délicatessen, La Cité des enfants perdus) sont remarquables de densité dramatique. Ils nous embarquent dans cette histoire abyssale  tout en nous laissant espérer jusqu’à la fin une rédemption de leur âme torturée. Mais l’espoir s’éteint quand le rideau tombe.

Repères
- L’Ouest Solitaire
de Martin Mc Donagh.
- Mise en scène de Ladislas Chollat
- Théâtre Marigny
- www.theatremarigny.fr

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